Trans Mecs & Mecs

"Tarheels and Transguys" - Par Joshua Bastian Cole, 2008

jeudi 4 septembre 2008

"T’es une femme butch, espèce de gouine."
"Comment oses-tu t’immiscer dans notre espace réservé aux hommes ?"
"Je t’ai trouvé dans mes résultats de recherche pour femmes, espèce de pédé."

La première phrase vient de quand j’ai essayé de faire partie d’un blog communautaire pour trans pédés. Il y a eu un grand nombre de réponses à mon message sur comment j’ai été ostracisé d’un groupe pour trans pédés parce que je ne me définis pas comme mâle, mais simplement FTM (transgenre Female-To-Male). Un groupe de personnes m’a dit que j’avais mérité d’être exclu, et il m’a été dit grossièrement que je n’étais pas un "vrai" homme trans, mais plutôt une femme faisant mine d’en être un. Ils ont été d’accord avec le groupe pour trans pédés qui m’avait dit que je tentais d’entrer dans un endroit qui ne m’était pas destiné.

La dernière phrase vient d’un garçon paumé qui cherchait des filles en ligne. Je me catalogue comme de sexe féminin si c’est absolument nécessaire de devoir être catalogué, pas nécessairement parce que je m’identifie comme appartenant au sexe féminin, mais parce que je ne m’identifie pas au sexe masculin. J’ai l’air d’être de sexe masculin quand je suis habillé, mais concernant un aspect en particulier, je suis tout de même plus similaire au sexe féminin. Et ça ne me dérange pas.

Cela fait maintenant 6 ans que je prends de la testostérone — ou, comme on l’appelle plus communément, de la "T". Je "passe" comme étant de sexe masculin à plein temps, sans être questionné à ce sujet ou qu’on en doute. Et pourtant, parce que je ne me définis pas comme étant de sexe masculin, beaucoup d’hommes trans se sentent menacés du fait de ma simple existence. Mon refus de me définir comme de sexe masculin fait peur à tellement d’hommes trans que j’ai rencontré, qu’ils se sont démenés et ont redoublé d’effort pour me mettre à bas. Mon identité, pensent-ils, compromet en quelque sorte leur sécurité. Vous comprenez, je ressemble à n’importe quel autre homme trans qui a physiquement transitionné (ceux qui en sont passés par une transition médicale). Bien que mon expérience ait été similaire à la leur, je ne suis pas comme les hommes trans "cachés" qui ne sont pas visibles en tant que trans mais qui vivent à plein temps comme de sexe masculin et qui ne révèlent pas leur identité trans. Si c’est possible que moi, qui me définis autrement, puisse transitionner de la même manière, et bien peut-être que des hommes trans au placard se définissant comme de sexe masculin peuvent être comme moi, mais ce que je suis n’est pas une personne que ceux qui sont au placard pour diverses raisons peuvent se permettre d’être.

Ce n’est pas comme si au niveau de ma présentation je foutais tellement le genre en l’air que ça serait possible qu’ils se dissocient de moi. Je ne porte pas de robes ou de maquillage —ou même des paillettes. Je porte des habits d’homme et je les porte de la même manière que la plupart des hommes. Je ne me bande pas la poitrine, mes seins sont assez petits pour que ça ne soit pas nécessaire. Sans trop d’effort je passe très bien, à 100%. Les effets de la T sont tout ce dont la société avait besoin pour que je sois perçu comme étant de sexe masculin.

Pour beaucoup, je suis un grand monstre effrayant. Je leur ressemble, mais dessous se cache un rejeton du démon - quelqu’un qui est perçu comme étant de sexe masculin à cause des hormones, mais qui ne se définis pas en tant que tel, et qui donc, dans la mentalité de ce groupe de personnes et leurs définitions très ancrées par la pression sociale, ne peut pas être en fait un homme trans. Pour faire simple (et c’est très clair pour eux) homme trans égal sexe masculin. Ce qui semble les dérouter et les vexer est l’idée que, d’une manière plus générale, être un homme trans peut vouloir dire intégrer de la masculinité qui n’est pas nécessairement liée au sexe masculin. Ok, temps mort. Je suis fou ou c’est pas ce qu’être transgenre FTM signifie ? Un FTM peut être un homme qui n’est pas de sexe masculin. Ça a du sens non ? Et bien, ceux qui croient que je ne suis pas un homme trans parce que je ne me définis pas comme étant de sexe masculin pensent aussi que je ne suis pas du tout trans, mais que je suis en fait une femme butch qui vient pour voler l’expérience de vie des hommes trans, coloniser les espaces réservés aux trans, et s’approprier le langage. Ça les irrite que je dise que je suis trans parce qu’ils pensent que j’utilise un mot auquel je n’ai pas réellement droit.

Ça ne rate pas, ce dont on m’accuse c’est d’être une butch, alors que je ne l’ai jamais été — même quand je me définissais en tant que femme queer. Bien au contraire, je me défini comme fem, mais simplement le mentionner serait plus que leur cerveau ne pourrait le supporter ! Pour certaines personnes, me définir comme fem me ferait devenir encore plus femme, ou tout du moins, moins homme. Les caractéristiques féminines traditionnelles, qu’elles soient performées extérieurement ou dans mon cas, vécues par mon expérience émotionnelle, en particulier en tant que partenaire (petit ami), sont très méprisées par une bonne partie de la communauté trans-masculine. J’ai connu un nombre non négligeable de personnes qui ont tenté de se retirer de tout ce qui était peu ou prou en rapport avec les femmes, même d’une manière lointaine, juste au cas où ce qui resterait, quoi que ça soit, pourrait les "trahir". J’ai entendu des commentaires du genre de "Si j’étais une fille, mais je ne le suis pas, donc, qu’est ce que j’en sais ?" ou "Je ne porte pas de robes, je ne suis pas un travesti." Ce sont peut être des points valables, mais ils dévalorisent l’historique d’avoir vécu en tant que femme et d’avoir au moins compris, même en partie et même en étant contraints, cette expérience sociale. Personnellement, je suis incapable d’accorder un eye-liner à des bas, mais le fait est que je n’ai jamais été bon à ça. Mais ça ne veut pas dire que je n’ai jamais été une femme. Mais c’est mon expérience. Certains hommes trans pensent qu’ils ont toujours été des hommes. Moi, à l’inverse de ceux qui se définissent de cette manière, j’ai vraiment été une femme pendant un peu de temps. J’y était maladroit et mal à l’aise, et pendant tout ce temps j’aurais préféré être un homme, mais c’est une femme que j’étais.

L’un des hommes trans avec cette mentalité que le transsexualisme est réservé aux personnes se considérant comme de sexe masculin, a dit au groupe trans/genderqueer auquel j’appartenais qu’il serait heureux de me former parce qu’apparemment il sait comment tout ça fonctionne. Que j’ai écrit, parlé, performé, filmé, photographié et, tiens au fait, vécu en tant que trans ne me qualifie évidemment pas pour être aussi bien informé sur le sujet. Il m’a harcelé et humilié sur la liste de diffusion pour hommes trans qu’il modère. Dans ce groupe ils étaient tous, bien sûr, d’accord avec lui. Dans leur monde, les hommes trans se font opérer du torse (les seins sont enlevés pour créer un torse visiblement masculin) et l’idée que quelqu’un ne se bande pas la poitrine avant l’intervention, ou même ne se fasse pas opérer du torse, est non seulement incompréhensible, mais suscite aussi la colère. Les hommes n’ont pas de seins ! Eh bien, cet homme en a (d’une certaine manière !)

 ?Des nombreux membres, probablement environ 100, de cette liste de diffusion, je n’ai eu qu’un seul défenseur, qui malheureusement n’a pas beaucoup aidé. Ces gars-là ne veulent pas diversifier leur façon de penser. Ils croient encore en seulement des hommes ou des femmes et qu’il n’existe qu’une seule manière d’être l’un ou d’autre. J’ai finalement eu l’occasion de rencontrer cet individu, le modérateur de la liste de diffusion, en personne, environ un an après cette épreuve. Quand il m’a vu, et a vu à quel point je passe bien, à quel point mon expression de genre est masculine, et a entendu ma voix de baryton, il s’est excusé auprès de moi. J’ai accepté, mais seulement maintenant je pense que c’était à cause de mon apparence extérieure. J’ai l’impression qu’il pense la même chose qu’auparavant sur mon identité, mais qu’il m’accepte maintenant en tant qu’ homme trans parce qu’il sait que j’en ressemble à un. Ou peut-être qu’il me comprend, mais cela ne veut pas dire que son groupe de moutons fasse de même. Il reste encore beaucoup de personnes qui ne veulent pas accepter qu’un homme n’ait pas besoin d’être de sexe masculin.

Bon, assez râlé !

Quand j’ai commencé à faire mon coming-out en 2000, j’ai rapidement accumulé un large réseau d’amis FTM (Transgenres Female-To-Male) et je suis devenu proche de beaucoup d’entre eux. Je pensais qu’un monde nouveau rempli d’amis s’ouvrait à moi. Subitement tout devenait simple, alors qu’auparavant ça avait semblé si compliqué. Nous étions des garçons, et c’est tout. Rien de bien compliqué là dedans. J’avais enfin trouvé une communauté qui avait un sens. Je pouvais enfin être heureux et avoir des amis et une communauté qui comprenait vraiment qui j’étais et mes expériences.

Mais, comme beaucoup de communautés identitaires, mon nouveau foyer est venu avec son propre ensemble de règles et de règlements. Ces pressions étaient essentiellement liées aux cheveux, vêtements, posture, inflexion vocale et comportement général (en particulier en ce qui concerne l’interaction avec des personnes dont le genre correspond au sexe qui leur a été attribué.) Soudainement on s’attendait à ce que je porte des grand pantalons baggy (de préférence de modèle cargo) pour cacher mes hanches, de grands polos carrés pour donner à mon torse une forme rectangulaire et cacher ma poitrine, que je me coupe les cheveux courts mais ajoute juste un peu de gel, que je me tienne tordu, les épaules courbées pour cacher encore plus ma poitrine, les mains dans les poches, pour souligner la posture carrée, et que je parle en laissant l’inflexion de ma voix tomber à la fin des phrases au lieu de faire ce que font les femmes et les hommes gay, la hausser.

Quand je regarde des photos et des vidéos de moi et mes amis à cette période, je suis choqué de découvrir que nous étions des clones. Nous portions littéralement le même t-shirt dans des couleurs différentes et nous avions tous la même coupe de cheveux. À cette époque, je puisais du réconfort dans cette ressemblance. Je pensais qu’il n’y avait rien de mal à être comme ça parce que les autres étaient maintenant comme moi (ou plutôt, j’étais comme les autres) et, certainement, je voulais rester inclus.

 ?Toutes ces choses, - les vêtements, les cheveux, et la voix, - m’ont aidé à commencer à passer avant même que je commence à prendre de la "T". Je voulais passer pour un homme et je voulais aussi prendre de la testostérone, mais des années après, une fois sous "T", et que j’ai pu passer, je suis devenu beaucoup plus à l’aise dans mon identité fem. Je ne me préoccupais pas de faire toutes ces choses "masculines", — comme parler avec un ton monotone et me tenir debout, les épaules voûtées, avec les mains dans les poches, — parce que personne ne remettais plus en question ma masculinité. Cependant, plutôt que de gâcher mes chances de passer, ma confiance retrouvée dans ma performance de genre en tant que fem, ainsi que les changements physiques remarquables de la "T", m’ont permis de passer comme étant de sexe masculin 100% du temps. La grande différence aujourd’hui, cependant, était que quand j’ai abandonné mon numéro macho, la plupart des gens pensaient que j’étais pédé. Avant, si mon numéro "dérapait", j’arrêtais tout de suite de "passer" et les gens pensaient que j’étais gouine.

Au départ, j’ai vraiment cru que je devais exagérer certaines choses pour faire passer mon message. Cependant, après en avoir terminé avec la plus grande partie de ma transition physique, j’ai pu lâcher du leste. Je connais beaucoup d’hommes trans pourtant qui ne se relâchent jamais et qui ne mettent jamais sur pause leur numéro macho. Bien que ça soit naturel pour certains, je sais que pour d’autres c’est un choix conscient — un choix souvent fait pour survivre. Pour beaucoup de ces personnes, ma décision de laisser faire et d’embrasser une identité fem est menaçante. À l’inverse d’hommes trans hyper-masculins, je peux survivre en tant que fem. Mais, parce que ça fait peur, ça met en colère beaucoup d’entre eux. Ça les dégoûte et ils sont grossiers en public avec moi.

Je ne suis pas spécialement une folle hystérique ou quelque chose comme ça. Je ne caracole pas en semant à tout va des paillettes (Par contre en effet je pleure lors des "films pour nanas" et pendant les comédies musicales dramatiques !) Ma version d’être fem n’est pas que je suis féminin. Je suis assez masculin, en fait. Je suis juste un genre d’homme différent ; un genre d’homme plus sensible, plus calme et qui s’habille mieux par rapport à ce qui est attendu et accepté par cette culture. Mais je suis très à l’aise visible en tant que trans et je ne cache pas le fait que je ne me bande pas la poitrine. Ce concept peut toutefois être glissant. Je suis trop visible pour les hommes trans cachés, mais je ne suis pas assez visible pour les genderqueers. Mon niveau de confort se situe quelque part entre les deux — J’aime passer, mais j’aime aussi rester visiblement queer. Je voudrais être perçu la plupart du temps en tant qu’homme trans, mais il y a des exceptions, comme dans les toilettes, les stations-essence ou dans le bus — ou d’ailleurs à chaque fois que des étrangers sont à portée d’oreille. Dans la plupart des endroits, après tout, un transsexuel visible a plus de chance de dégoûter quelqu’un que d’obtenir un signe d’approbation de leur part.

Ce n’est aussi pas toujours approprié de parler de parties du corps (ce qui est la première chose que beaucoup de personnes non-trans pensent quand ils entendent le mot "transsexuel") en public. Dire très fort "je suis un transsexuel" à tout vent n’est pas exactement socialement acceptable. C’est aussi potentiellement dangereux. Tout au moins, c’est inviter les regards bizarres.

En même temps, si je devais m’exclamer ça, mon corps subirait immédiatement un contre-interrogatoire. "Ha ouais ! Des petites mains ! Voilà la preuve." Ou "Je peux voir tes nichons aujourd’hui." (On m’a vraiment dit ces deux commentaires, parmi d’autres déclarations similaires.) Là où ils n’avaient rien remarqué auparavant, maintenant il y a des "indices" flagrants et qui me "trahissent", comme si ils jouaient à "Où est Charlie ?" Bien que ça ne me dérange pas d’être connu pour être trans (en fait, je préfère ça), ça me rendrait certainement mal à l’aise si une personne venait à, venant d’apprendre que je suis de sexe féminin, fixer ma poitrine, cherchant des seins, ou regarder mon pantalon pour voir une bosse (qui de plus est présente parce que je remplis mon pantalon avec une prothèse.) Ce qui rend le plus perplexe beaucoup de spectateurs est le développement de ma pomme d’Adam. J’en ai une, et c’est pour beaucoup de monde la preuve de ma virilité.

C’est une chose de se faire mater par un admirateur et une autre de se faire reluquer comme un monstre. Il y a beaucoup de personnes que ça ne gêne pas de se faire fixer, une attitude du genre "subvertir le paradigme dominant". Je pense que je ne suis pas proche de la culture hétéro-normative, mais c’est vraiment un casse-tête. Je ne veux pas être invisible, mais j’ai vraiment envie de passer. Je suppose qu’il y a une différence entre d’une part être visible, et d’autre part que sa présence crève les yeux. Je veux juste être traité avec respect et dignité —Je veux être traité comme un être humain : un adulte, pas un enfant ; responsable, non infantile ; une personne, pas un pêcheur. Les gens "dont-la-présence-crève-les-yeux" sont souvent discriminés d’une manière flagrante et harcelés. Bien que j’admire leur courage, je n’ai pas l’énergie de faire face à un harcèlement permanent —en particulier quand je suis déjà assez harcelé de la part de mes compatriotes hommes trans. Ça ne fait pas de moi quelqu’un de faible, comme s’en sont moqués quelques personnes très visiblement queer que j’ai rencontré.

Il n’y a pas que les hommes trans, cependant, qui ont été hostiles face à mon identité. Même certaines des personnes que j’ai rencontré dans la communauté punk radicale ont réagi de manière négative à ma transition médicale et à l’inévitable conséquence que je "passe". Ce qui est intéressant, c’est que souvent j’ai la même réaction de la part des lesbiennes — des butches en particulier. Certaines m’ont accusé de m’être vendu pour les privilèges masculins blancs parce que je passe à 100 % et que je ne suis plus harcelé du fait d’être voyant. Je n’ai plus un aspect "différent". Certaines personnes pensent qu’il faut cette forme de visibilité saillante pour être un activiste trans. Personnellement, je pense que je suis sacrément radical —que je passe ou non. J’ai vécu deux genres, et un entre les deux, et j’en parle librement et honnêtement. C’est assez radical, si vous voulez mon avis.

Curieusement, mon père et mes amis de sexe masculin (qu’ils soient gay ou hétéro) se sont opposés de manière similaire à ma transition — mais pour des raisons diamétralement opposées. Au lieu de m’accuser d’essayer, par le fait de passer, de ne pas me faire repérer, ils pensaient que j’étais en train de transitionner parce que je cherchais à me faire remarquer. Je me suis dit que c’était totalement ridicule ; je ne portais pas d’épais piercings corporels ou une crête rose d’un mètre. Il n’y avait vraiment rien de spectaculaire à mon sujet sur le plan visuel — enfin, si on excepte mon bel air canaille bien sûr ! Mis à part ça, cependant, j’avais l’air assez "normal". Je ressemblais à n’importe quel garçon. Contrairement à ce que mon père croyait, j’étais quelqu’un qui, assez subitement, n’attirait pas trop l’attention sur lui.

Comme si mon univers n’était pas assez petit et solitaire, certaines des pires réactions ne sont pas venues de la communauté trans-masculine générale, mais de la sous-culture en pleine expansion des hommes trans gay. J’ai hardiment pris l’identité trans pédé pour me définir pour un court instant avant qu’on me dise que je m’appropriais les espaces pour hommes trans gay parce que je ne me définissais pas aussi comme de sexe masculin. Je me défini comme FTM, mais apparemment ça ne les a pas calmé. Pour beaucoup, FTM veut dire la transition du sexe féminin vers masculin, qui commence à un point et se termine à un autre. Il n’est pas prévu que ça soit un espace permanent, mais seulement une transition, la moitié du chemin. Ici, l’idée c’est que le but d’être FTM est de devenir à la fin de sexe masculin.

Pour moi ce n’était pas mon objectif. Je ne veux pas être de sexe masculin, et je sais que je ne pourrais jamais l’être de toute manière, parce que je suis un homme trans, en totalité. J’ai le corps d’une personne trans, l’esprit d’une personne trans, les interactions sexuelles d’une personne trans, je n’ai que des choses trans, pas des choses appartenant au sexe masculin. J’ai été totalement exclu de cet espace après des injures verbales brutales de la part du modérateur d’un groupe pour trans gay et de beaucoup de ses membres. La plupart de la controverse a tourné autour du fait que je ne sors exclusivement qu’avec des hommes trans, et que je ne sors pas avec des hommes non-trans. Ce groupe d’hommes trans a trouvé ça offensant parce qu’ils pensent qu’être vu différemment des hommes non-trans est émasculant et dévalorisant. Ce qu’ils ne comprennent pas est que j’accorde énormément plus de valeur à la masculinité des hommes trans, principalement parce qu’elle est choisie et continue d’être choisie à chaque jour d’injection (et chaque jour entre). Nous sommes des hommes parce que nous voulons consciemment l’être en permanence (ou la plupart du temps ou un peu de temps.) Mais on en revient à cette question : est-ce que tous les hommes sont pareils, ou est-ce que les hommes trans sont différents. Les gens sont en désaccord.

 ?Il existe différentes écoles de pensée sur être trans. Pour moi, ces tendances opposées sont aussi différentes les uns des autres que le créationnisme est au darwinisme. Certains ont fait valoir qu’être un homme trans est à tout point de vue exactement comme être un homme né de sexe masculin, sauf pour la chirurgie. L’idée est que nous avons toujours été des personnes de sexe masculin nés dans le "mauvais" corps, et après deux trois coups de scalpel ici et là, nous sommes de retour à la « normale ». Ce genre de raisonnement vous ferait croire que les hommes trans ont des esprits d’hommes, les pensées, les sentiments, les désirs, les émotions, et donc les expériences des hommes. Les personnes qui croient cela, imaginent qu’il n’y a pas de différence entre les hommes nés de sexe masculin et les hommes trans ; nous sommes égaux dans tous les domaines : psychologique, sexuel, émotionnel, social et physiologique.

L’autre école, et je pense la plus saine, vise à respecter les masculinités de tous ceux qui se définissent comme des hommes, assignés à la naissance au sexe masculin ou non, mais reconnaît également les grandes différences dans la manière dont les garçons et les filles sont socialisés dès leur plus jeune âge. Notre expérience du monde en tant que femme, même si ce n’était que pour quelques années, nous donne en tant qu’hommes trans des points de vue tout à fait différents - sans parler d’un différent type de corps. Bien que les hommes trans et non-trans partagent des caractéristiques secondaires masculines, il y a des choses que chacun de nous sait que l’autre ne va pas (et peut-être ne peut pas) savoir. C’est un peu comme comprendre la misère des crampes menstruelles ou savoir exactement combien est horrible le ressenti d’un coup de pied dans les couilles, par exemple.

Parce que nos corps en tant qu’hommes trans sont différents, la manière dont nous avons des rapports sexuels est aussi très différente de celle des hommes non-trans. Nous avons peut être tous des bites de variétés différentes, mais l’équipement biologique de certains hommes trans peut être limité en terme de pénétration et d’éjaculation. Pour le positif, nous avons beaucoup plus de chance que les hommes non-trans d’être multi-orgasmiques ! Et pour ceux d’entre nous qui sont passifs, nous avons ce que nous appelons notre "orifice supplémentaire" qui a des contractions musculaires à différents endroits et pas juste au niveau du seul muscle du sphincter. Beaucoup d’entre nous ont aussi des mains plus petites que celles des hommes non-trans ce qui permet plus facilement de doigter et de fister.

Mais vraiment, mis à part tous les aspects physiques, il y a une sorte de lien que je peux créer avec mes compatriotes hommes trans, à cause de notre expérience commune. Ils "pigent" sans que jamais j’ai à m’expliquer. Bien que je connaisse certainement des hommes nés de sexe masculin vraiment cool, respectueux et confirmant mon identité, notre connexion n’est simplement pas pareille. Je ressens un confort avec les hommes trans que je ne partage pas avec les hommes né de sexe masculin. D’autres hommes trans que je connais ont, bien sûr, des expériences complètement différentes. Certains se sentent "plus trans" quand ils sont entourés d’autres hommes trans et ça les rend mal à l’aise. Ils préfèrent les hommes né de sexe masculin parce qu’avec eux ils se sentent "plus mâle" — plus "vrais". A l’inverse de ces mecs, cependant, je ressens cela quand je suis avec d’autres hommes trans. En présence d’un homme né de sexe masculin, j’ai conscience en permanence de ma différence physiologique par rapport à lui, ce qui fait que je ne me sens pas à la hauteur et pas sûr de moi.

C’est un fait que les gens voient la masculinité de différentes manières, mais parce que je considère l’expérience trans-masculine comme unique et la met à part, ne serait ce qu’un petit peu, de l’expérience non-trans, j’ai été harcelé par mes camarades hommes trans. Il m’a même déjà été dit que j’étais transphobe, que je n’étais certainement pas trans moi-même et que je fétichisais dangereusement les hommes trans parce que je préfère sortir avec eux plutôt qu’avec des hommes non-trans. Ma préférence pour les hommes trans a été grande source d’offense à plus d’une occasion. Je ne devrais vraiment pas avoir à expliquer pourquoi je ne veux pas sortir avec des hommes non-trans ; je ne suis simplement pas sexuellement attiré par eux quand on en vient au fait. J’ai essayé. Ça ne m’excite simplement pas.

Il m’a été dit par ce groupe que je ne peux pas être un trans pédé parce que, même si je passe tout le temps et que je vis en tant qu’homme, je ne me considère pas de sexe masculin (FTM n’est pas assez mâle pour ce groupe de transsexuels.) Aussi, parce que je ne sors pas avec des hommes non-trans, je ne suis pas vraiment gay. Ils m’ont gracieusement autorisé à continuer à utiliser l’étiquette "trannyfag". Apparemment ce terme inclut les genderqueers et les hommes trans qui sortent avec les hommes trans, donc c’était déjà plus confortable pour moi de m’affilier à ça.

Plus récemment, un groupe similaire d’hommes trans m’a traité quasiment de la même manière. Ces mecs ne sont pas gays, mais sont de la même génération et ont la même croyance d’être nés dans le mauvais corps (un concept que je respecte totalement, au fait. Je n’ai jamais bien compris le degré de colère qui m’est tombé dessus alors que je n’ai jamais rien fait d’autre que de parler de ma vie.)

Cette fois, le débat ne portait pas sur avec qui je sors, mais comment je présente mon corps. Je passe à temps plein comme étant de sexe masculin, sans aucun doute, mais parce que je ne me bande pas la poitrine ou ne veux pas me faire opérer du torse, un autre tumulte est arrivé. Encore une fois, j’ai été accusé de ne pas être trans. Il n’est jamais venu à l’esprit de ce groupe que je n’ai pas besoin de me bander la poitrine parce qu’elle est toute petite. Ça ne fait rien, parce que ces mecs sont entrés en fureur avant que je puisse mentionner ça. À leurs yeux, on doit se faire opérer du torse ou prévoir de se faire opérer du torse pour devenir réellement un "vrai homme". Pour eux, un homme n’a tout simplement pas de seins.

Cependant, personne ne m’a demandé comment je voyais ma poitrine. Personne ne s’est soucié de m’écouter quand j’ai dit que je ne considérais pas du tout ma poitrine comme féminine, et que je n’avais jamais rencontré de problèmes avec des partenaires ou des inconnus. Les seules personnes qui ont eu des problèmes avec ma poitrine ont été une poignée d’hommes trans bruyants qui ont essayé de me faire honte de ne pas me bander la poitrine parce qu’ils n’étaient pas à l’aise avec leur propre corps et qu’ils ont projeté ça sur moi.

Ce que tous ces gens, groupes et individus n’ont pas compris, c’était que mon identité, ma masculinité, ma présentation, ma transition, n’étaient que ça ; à MOI. J’ai transitionné pour la seule raison que je le voulais et l’avais toujours voulu. Je n’avais pas vraiment pris en compte les ramifications sociales, qui sont bien sûr importantes, mais la chose la plus importante était ma propre santé mentale et bien-être émotionnel personnels. La perception des autres tient une grande part dans ça, mais vient en second plan par rapport à mon image de soi.

Une fois que passer était réglé, j’ai pu me concentrer sur ma glissade à travers les structures sociales. J’examine avec attention ma place en tant qu’homme blanc (perçu soit gay soit hétéro dans des milieux différents), et j’ai pleinement conscience de ça dans tous les endroits où je pénètre.

Je prends consciemment des décisions sur des choses telles que combien d’espace je monopolise, est-ce que je parle trop fort et trop souvent. Personnellement, je pense que c’est de cette manière que je peux être un homme responsable, à qui on peut demander des comptes pour les privilèges qui m’ont été donnés. J’essaie souvent de les repousser, mais souvent c’est juste là, et c’est, pour être honnête, commode.

Mais je me souviens de ne pas en avoir eu.

Et je ne l’oublierai pas.

La communauté trans-masculine va continuer d’être fortement divisée tant qu’il y aura ceux qui acceptent seulement les personnes trans qui transitionnent (ou non) exactement de la même manière qu’on transitionne (ou non) dans leur propre sous-culture. Comme n’importe quel groupe marginalisé, nous recherchons tous le bien-être, la sécurité et le soutien, mais la majorité de mes expériences avec beaucoup de transsexuels et de genderqueers a été tout sauf source de bien-être, de sécurité ou de soutien —simplement parce que je ne m’étiquette pas comme étant de sexe masculin et parce que je ne cherche pas désespérément à me faire opérer du torse. Sans qu’on tienne compte de toutes mes similitudes, mes différences (que je considère mineures en comparaison) m’excluent et m’ostracisent.

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